August 2013 Bulletin - L'ignoble charte

posted Aug 27, 2013, 5:03 AM by MAC Youth   [ updated Nov 24, 2013, 7:30 AM ]
Par Charbel Hanna

Il y a une différence entre pratiquer une religion et porter un symbole religieux. L'État doit être laïc, pas le peuple : l’hypocrisie est d'ailleurs maximale, considérant que l'État est loin d'être le peuple et de le servir.

Le cas de la femme musulmane voilée
Cette loi, de plus, prive la femme musulmane voilée de bien d'emplois. Or, la femme ne s'émancipe que dans la production sociale ou économique - cela est d'autant plus vrai dans le capitalisme. Si on vise une égalité entre hommes et femmes, on prive la femme musulmane voilée de cette égalité en la rejetant de la fonction publique, des écoles, des hôpitaux. Ce faisant, on l'aliène à sa famille et à son mari, desquels elle dépend, étant pauvre, étant chômeuse. Cette charte est donc fondamentalement sexiste. Notons qu'il n'est pas facile pour une femme voilée de simplement retirer son voile. Parfois, il s'agit de contraintes familiales qui l'obligent à le porter; parfois, c'est le dogmatisme religieux qui ne s'efface pas - et le dogmatisme est une plaie mortelle dont on ne guérit pas en un instant.

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Le travailleur n'est pas l'État
Les radicaux laïcs affirment que le travailleur ou la travailleuse de la fonction publique représente l’État. Ainsi, l’État étant laïc, ses représentants se doivent de l’être également. Or, un regard critique sur la situation politique montre que rien n’est plus faux. Pour qu’un être représente l’État, il doit avoir sur lui un certain pouvoir, en faire partie. Néanmoins, la classe prolétaire et la classe moyenne n’ont aucun pouvoir politique, outre un vote tous les quatre ans. L’État applique sinon ses lois, décidées par 125 élus, pantins de la grande bourgeoisie. Cette dernière, et sa classe politique, sont les seules représentantes de l’État, puisqu’elles ont pouvoir sur lui.
 
Finalement, cette charte s'oppose à la laïcité, qui impose au gouvernement une non-intervention dans la vie religieuse. Or, empêcher le port d'un symbole religieux par un-e travailleur-se est une intrusion étatique dans la vie religieuse. L'État doit être laïc, pas le peuple : et la démocratie directe, dictature déguisée, ne fait pas du peuple l'État. Dire aux travailleurs-ses qu'ils-elles représentent l'État est d'une intense hypocrisie. Si je représentais l'État, j'aurais droit de regard et de décision sur les lois et sur les traités qui me concernent. Or, ce droit de regard et de décision n'est accordé qu'à une poignée d'élus inutiles financés et dirigés par une grande bourgeoisie capitaliste sans moralité.
 
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Ce qu’ils appellent de l’oppression 

par Fida Douri - Montréal
 
Il m’arrive de voyager seule par des journées éclairées et de me demander ce que je dirais dans certaines situations par simple curiosité. Dans certains cas, ce sont des questions auxquelles je suis confrontée à devoir répondre un jour ou l’autre. C’est ainsi que je me suis demandée ce que je dirai si une dame me demandait dans le bus après m’avoir fixé durant cinq minutes: « Ma chère, il fait 35°c à l’extérieur…que fais-tu avec ce truc sur la tête et ces longs vêtements…? » Du coup, je serai probablement étonnée, mais je me dirai que le plus important, c’est d’éclaircir le malentendu. Je lui dirai, par exemple : « Madame, si vous avez si chaud, pourquoi ne retiriez-vous pas vos sous-vêtements? Tant qu’à rien avoir, non? Tout comme vous avez des limites à ce que vous portez, j’en possède aussi. Je ne porte pas le voile selon un changement de température. Je ne le porte pas non plus pour plaire ni pour déplaire. Je ne le porte pas selon les tendances de la mode ou de l’époque ou encore parce que le vent le fait virevolter. Je ne le porte pas non plus pour renforcer mes cultures et encore moins pour faire pression sur le pays.

Vous serez donc probablement surprise d’apprendre que je porte le voile parce que je me sens plus libre, et vous me direz que je ne comprends pas ce que c’est que d’être libre. Parfait. Je parlerai donc de liberté. Et vous me direz à la fin si je suis aussi libre que vous.

 Qu’est-ce la liberté? En un premier sens, c’est pouvoir faire ce que l’on veut sans contraintes extérieurs, sans en être empêché. Bien que beaucoup pensent le contraire, mes parents ne m’ont aucunement demandé de dissimuler mes cheveux. Il appartenait à moi et à moi seule de choisir et personne ne m’en a privée. Si quelqu’un venait me forcer de le retirer, il m’ôterait la liberté de le mettre.

Dans un deuxième sens, la liberté n’existe pas sans loi. Si je fais vraiment tout ce que je veux et obtient ce que je désire, au lieu d’être libre, je serai prisonnière de mes pulsions, de mes envies. Je ne peux baser ma liberté sur mes penchants. D’un autre côté, si je ne fais qu’obéir aveuglément à des lois que je ne comprends pas et qui, pour moi, n’ont pas de sens, je ne suis pas mieux placée. Être libre, c’est donc avant tout être régie par des lois morales, des règles de conduite que je comprends et que je respecte, des lois avec lesquelles je suis à l’aise. Être libre, c’est être autonome, en accord avec les contraintes que l’on se place.

Vous ne le savez peut-être pas mais lorsque je me promène, les gens ne regarde pas mes jambes, ni ma poitrine. Non. Il me regarde moi, mon visage, mes yeux. Parce qu’il n’y a rien d’autre à regarder. Et s’il y a quelque chose que j’admire en ne portant que ce léger tissu sur la tête, c’est que les gens qui me connaissent ne me jugent plus selon mon apparence, mais selon les actions que je pose et la façon dont je pense.

Je sais aussi, par exemple, que lorsqu’une personne me regarde dans les yeux, elle se construit des préjugés auxquels je n’ai pas à me soucier. Parce que je sais que, de toute façon, ils sont faux. Une personne qui ne peut voir sous mon enveloppe ne peut qu’utiliser son imagination pour aboutir à une réponse à sa devinette. Puisque je dresse un mur à mon apparence physique, l’autre ne peut rien savoir sur moi que si elle prend contact avec moi. Les gens peuvent bien me juger de l’extérieur,  ça ne me touche aucunement parce que j’ai la certitude qu’ils ne me connaissent pas.

Au dessus de toutes ces raisons, madame, la véritable cause de ce voile, c’est parce que je ne suis qu’un être humain imparfait. Je suis consciente que je ne peux pas créer des lois morales parfaites. Du coup, j’ai besoin d’une force extérieure qui puisse me tendre un coup de main, qui me dise comment garder ma liberté. J’ai besoin d’un être parfait qui ne fasse pas partie intégrante de la société. Le temps passe, la société change et changera, mais pas Lui.
Si je porte ce vélum, madame, c’est parce que je crois en Dieu, et qu’en moi, j’ai la certitude qu’il existe. Lorsqu’il dit aux femmes de porter le voile, je sais que ce tissu ne peut pas me blesser. Je sais aussi que c’est pour mon bien qu’on me dit de le mettre. Ce n’est qu’en le portant que j’ai découvert le bien qu’il me procurait, que j’ai pris connaissance de la liberté qui l’accompagnait et que je me souris discrètement lorsqu’on me lance des regards stupéfaits dans le bus. Mais pour le porter, j’ai cru en Dieu. Si c’est pour demeurer libre, je n’hésiterai pas à le croire. Qu’il fasse chaud ou froid, je serai toujours fière de porter ce qui garantit ma liberté. Et je serai curieuse d’entendre parler de la vôtre. »
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